Ghislaine VALADOU

Artiste plasticienne

Collage et Peinture numérique

La lumière du couloir était éteinte...

"La lumière du couloir était éteinte, quand j'ouvris la porte. "

Maison du développement culturel, Gennevilliers, 2010

Pour les artistes, aujourd’hui, la traversée du miroir se fait en passant par les techniques les plus sophistiquées. La photographie numérique permet les plus subtiles métamorphoses et mises en dialogue de pratiques différentes, anciennes et modernes. Quant à la matière, elle est celle du rêve.

L’artiste nous emmène dans des lieux qui semblent s’être décalés du coté de leur ombre et plus souvent, de leur reflet. Quand l’artiste nous ouvre une porte, c’est pour nous introduire à ce qui fait la trame du réel et qui est notre imaginaire. Le travail de Ghislaine Valadou est de nous faire entrer dans la salle d’attente de nos inquiétudes les plus délicieuses, et qui sont le désir.

Les personnages qui hantent ce théâtre, plus forain qu’établi dans la solidité sédentaire des certitudes aveugles, sont toujours pris en cours de passage d’une dimension à une autre, entrevus à travers le défaut de la trame du temps. Ce sont autant de funambulesques acrobaties sur le fil de nos plus intimes carnavals, que l’artiste fait défiler sous nos yeux.

Ghislaine Valadou décline à satiété ses rêveries en rameutant les plus célèbres figures peintes de l’histoire de l’art, pour les réembaucher dans son capharnaüm baroque et coloré. Oiseaux indélicats, mannequins dont les ombres sont des mannequins, chambres hantées par leur espace comme un lac, sourires comme des tiroirs pleins de reliques, et des couloirs menant vers des présences sourdes derrière des portes à l’affut de nous. Impossible de rester insensibles à ces rendez-vous suspects jusqu’au confort de se prêter au jeu.

Parfois, l’image rappelle que les monuments peuvent être de boue et de ruines, telles ces images de livres rendus à la bibliothèque des matières en voie de décomposition.

C’est à un art de l’équivoque que nous avons à faire ici, jusqu’à l’étrange de nous reconnaître comme l’attendu de ces ‘’un peu fantômes’’ assis dans les couloirs au seuil des portes closes, et qui semblent avoir oublié leur clé, espérant que c’est nous qui les leur remettrons. Ghislaine Valadou joue avec les contrastes qui sont le trousseau de nos noces barbares avec le réel, dont sont tissés les rêves.

Cette œuvre est à la fois belle et dérangeante en ce sens qu’elle détourne tous les procédés, anciens et nouveaux, comme quand elle convoque un Bosch chez un Magritte, une poupée Barbie chez Ingres ou Vélasquez, ou pervertit la création signée Courbet en photographiant une vulve accouchant d’un oiseau exotique.

C’est un baroque affirmé qui s’exhibe à nos yeux, avec un rien de préciosité surréaliste et un relent musqué de maisons closes. À l’heure où l’art ne fait plus d’œuvre, mais performe et conceptualise au nom du non-art officiel et pompier, cette œuvre se donne, s’expose sans principe avec une insolence bardée d’ironie et l’anti conformisme à se foutre surtout de ces modernités en veux-tu en voilà et à répétitions.

Ghislaine Valadou nous mène par le songe et nous déstabilise par l’enchantement. Une œuvre belle et magique pour nous éveiller à notre propre nuit.

Gilbert Bourson

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